Quand les deux parents ne vivent pas la parentalité de la même façon
Ecrit le 09/03/2026 par Family Service,
Devenir parent, c'est entrer dans un rôle qu'on n'a jamais vraiment répété. Et quand on est deux à le jouer, les différences de vision, d'éducation, de priorités peuvent vite créer des frictions. L'un est plus strict, l'autre plus souple. L'un s'investit à fond, l'autre prend du recul. L'un porte tout, l'autre semble absent.
Ces écarts ne signifient pas forcément qu'il y a un bon et un mauvais parent. Ils disent surtout que la parentalité est une expérience profondément personnelle. Façonnée par l'histoire de chacun, ses valeurs, ses peurs et ce qu'on lui a transmis.
Le concept de parentalité a beaucoup évolué dans les sociétés contemporaines. Les structures familiales se sont diversifiées, les rôles se sont transformés, et la question du père comme celle de la mère se posent aujourd'hui différemment qu'il y a trente ans.
Cet article s'adresse à tous les parents qui traversent ces désaccords du quotidien. Et à ceux qui cherchent des pistes pour construire, ensemble, une parentalité plus apaisée.
Définition de la parentalité
La parentalité est un mot qu'on entend souvent, mais qu'on définit rarement vraiment. Le concept de parentalité dépasse largement le simple fait d'avoir un enfant. Il englobe des dimensions affectives, juridiques, sociales et éducatives qui se construisent dans le temps.
Comment définir la parentalité par Mr Houzel ?
La parentalité désigne l'ensemble des fonctions parentales qu'un adulte exerce auprès d'un enfant. Ce n'est pas uniquement un lien biologique. C'est une pratique de la parentalité au quotidien, faite de présence, de protection, de transmission et d'accompagnement.
Didier Houzel, psychiatre et chercheur français, a proposé une définition qui fait aujourd'hui référence dans le travail social et dans les recherches sur la famille. Pour lui, la parentalité s'articule autour de plusieurs dimensions complémentaires qui vont bien au-delà du simple fait de s'occuper d'un enfant.
La parentalité, c'est aussi un droit. Le droit à la parentalité est reconnu dans de nombreux textes juridiques, en lien direct avec les droits de l'enfant. Chaque parent, quel que soit son statut ou sa situation, a vocation à exercer ce rôle dans l'intérêt de l'enfant avant tout.
Qu'est-ce que le principe de coparentalité ?
La coparentalité, c'est le fait d'exercer ensemble les fonctions parentales, même quand on ne vit plus sous le même toit. Elle repose sur un principe simple. L'enfant a besoin de ses deux parents, quelle que soit la situation du couple.
Dans les faits, la coparentalité demande beaucoup. Elle suppose que deux adultes qui ne partagent plus une vie commune continuent à se coordonner, à communiquer. Et à mettre les besoins de leur enfant avant leurs propres tensions. Ce n'est pas toujours facile, surtout quand la séparation est récente ou douloureuse.
L'autorité parentale reste partagée dans la grande majorité des cas, même après une séparation. Les deux parents conservent leurs droits et leurs responsabilités vis-à-vis de l'enfant. La coparentalité est donc autant un cadre juridique qu'une posture humaine à construire jour après jour.
Quand commence la parentalité ?
La parentalité ne commence pas à la naissance. Elle s'installe bien avant, dès les premières semaines de grossesse, parfois même avant pour les futurs pères et mères qui anticipent et projettent.
Pour un futur papa , la parentalité peut démarrer différemment. Il ne vit pas la grossesse dans son corps. Son lien avec l'enfant se construit souvent plus progressivement, à travers les échographies, les conversations, les préparatifs. Ce décalage entre les deux parents est normal, mais il peut parfois créer un sentiment d'asymétrie dans la façon de vivre cette période.
Du point de vue du droit, la parentalité est officiellement reconnue à la naissance, avec l'établissement de la filiation. Mais dans les faits, l'expérience de la parentalité commence bien plus tôt, dans les pensées, les émotions et les projections de chaque parent.
Quels sont les trois axes de la parentalité ?
Didier Houzel a structuré la parentalité autour de trois axes qui permettent de mieux comprendre ce que recouvre concrètement ce rôle.
Le premier axe est l'exercice de la parentalité. Il concerne le cadre juridique et institutionnel. L'autorité parentale, les droits et les devoirs des parents vis-à-vis de l'enfant et de la société.
La pratique de la parentalité est le deuxième axe. C'est le quotidien, les soins, l'éducation, la présence, les interactions concrètes entre le parent et l'enfant. C'est ce qu'on voit, ce qu'on fait, ce qu'on transmet chaque jour.
Le dernier axe est l'expérience de la parentalité. C'est la dimension intérieure, subjective. Ce que chaque parent ressent, les émotions que ce rôle fait surgir, les souvenirs de sa propre petite enfance qui remontent. Les doutes et les joies que personne d'autre ne voit vraiment.
Ces trois axes coexistent chez chaque parent, mais ne sont pas toujours en équilibre. Et c'est souvent dans cet équilibre que se jouent les différences entre deux parents.
Quels sont les quatre styles de parentalité ?
La recherche en psychologie a identifié quatre grands styles de parentalité, qui influencent profondément le développement de l'enfant et la dynamique familiale.
Le style autoritaire repose sur des règles strictes et une faible place laissée à l'expression émotionnelle. Le parent décide, l'enfant obéit. Ce style peut donner un cadre solide, mais il laisse peu de place au dialogue, au profit d'un rapport de force à sens unique.
À l'opposé, il y a le style permissif. Qui place l'enfant au centre de tout. Les limites sont floues, les règles rares. L'enfant est très libre, mais peut manquer de repères stables.
Le style démocratique, souvent considéré comme le plus équilibré, associe un cadre clair à une vraie place donnée à l'enfant dans les échanges. Les règles existent, mais elles s'expliquent. Le point de vue de l'enfant est entendu.
Enfin, le style désengagé se caractérise par une faible implication émotionnelle et pratique du parent. Il répond aux besoins de base, mais reste peu présent affectivement.
Quand deux parents n'ont pas le même style, les désaccords éducatifs sont presque inévitables. Identifier son propre style et celui de son partenaire, est souvent un point de départ utile pour en parler sans se braquer.
Quand les parents ne jouent pas le même rôle : tensions et déséquilibres
Dans beaucoup de familles, les deux parents s'impliquent différemment. Parfois c'est une question de personnalité, parfois d'histoire personnelle, parfois de circonstances. Mais quand le déséquilibre devient trop important, il finit par peser sur l'enfant, sur le couple, et sur chacun des parents dans son rapport à l'autre.
À quoi ressemblent les parents émotionnellement indisponibles ?
Un parent émotionnellement indisponible n'est pas forcément absent physiquement. Il est là, dans la maison, mais pas vraiment présent. Il ne répond pas aux besoins affectifs de l'enfant, ne reconnaît pas ses émotions, ne sait pas ou ne peut pas créer ce lien chaleureux dont l'enfant a besoin pour se construire.
Cette indisponibilité émotionnelle peut avoir de nombreuses origines. Un épuisement profond, une dépression non traitée, un vécu difficile dans sa propre petite enfance. Ou encore simplement un mode de fonctionnement appris depuis longtemps. Le parent ne fait pas exprès. Mais les conséquences sur l'enfant sont réelles.
L'enfant d'un parent émotionnellement indisponible apprend souvent à ne pas exprimer ce qu'il ressent, à se débrouiller seul, à ne pas déranger. Ce sont des apprentissages silencieux qui peuvent marquer durablement sa façon d'entrer en relation avec les autres.
Quand l'un des deux parents est dans cette situation, l'autre porte souvent tout le poids émotionnel de la famille. Ce déséquilibre épuise, et mérite d'être nommé pour pouvoir être adressé.
Quels sont les signes d'un parent toxique ?
Le mot "toxique" est fort et il faut l'utiliser avec précaution. Un parent toxique ne se définit pas par un acte isolé ou une mauvaise journée. C'est un mode relationnel répété, qui nuit au développement de l'enfant et à son bien-être sur la durée.
Parmi les signes les plus fréquents, on trouve la culpabilisation constante, le contrôle excessif, les critiques permanentes, ou à l'inverse une forme de manipulation affective qui place l'enfant dans une position impossible. Certains parents toxiques utilisent l'enfant comme un outil dans leurs conflits avec l'autre parent, ce qui va directement à l'encontre des droits de l'enfant.
La parentalité en travail social s'intéresse de près à ces situations, car elles nécessitent souvent une prise en charge extérieure. Un accompagnement professionnel, qu'il soit thérapeutique ou éducatif, peut aider le parent concerné à prendre conscience de ses comportements et à les faire évoluer.
Pointer ces dynamiques n'est pas une question de jugement. C'est une question de protection, pour l'enfant d'abord. Mais aussi pour le parent qui reproduit souvent ce qu'il a lui-même vécu.
Qu'est-ce que l'égoïsme familial ?
L'égoïsme familial, c'est quand l'un des parents place systématiquement ses propres besoins, ses envies ou ses priorités avant ceux de la famille. Pas ponctuellement, ce qui arrive à tout le monde, mais de façon récurrente, au point que les autres membres de la famille s'effacent pour s'adapter.
Ce comportement peut prendre des formes très différentes. Un père qui ne modifie jamais son emploi du temps pour les besoins de l'enfant. Une mère qui délègue systématiquement les tâches éducatives sans jamais s'y impliquer. Un parent qui refuse toute remise en question de son fonctionnement. Même quand les conséquences sur l'enfant sont visibles.
L'égoïsme familial crée un déséquilibre profond dans les fonctions parentales. Il oblige l'autre parent à compenser en permanence, ce qui génère de la frustration, de l'épuisement, et souvent beaucoup de ressentiment. Dans certains cas, il peut aussi pousser l'enfant à prendre une place qui n'est pas la sienne, en essayant de combler ce que le parent absent ne donne pas.
Qu'est-ce que le paradoxe de la parentalité ?
Le paradoxe de la parentalité, c'est cette réalité que beaucoup de parents ressentent sans oser vraiment l'avouer. Avoir des enfants est l'une des expériences les plus riches et les plus signifiantes d'une vie. Et en même temps, c'est l'une de celles qui mettent le plus à l'épreuve l'identité, le couple, et l'équilibre personnel.
Des chercheurs, dont les travaux sont régulièrement cités dans les rapports sur la parentalité, ont montré que les parents déclarent souvent un niveau de bonheur plus faible au quotidien que les personnes sans enfants. Le tout en considérant la parentalité comme ce qui donne le plus de sens à leur vie. Ces deux réalités coexistent et elles ne se contredisent pas.
Ce paradoxe est important à comprendre, parce qu'il explique en partie pourquoi deux parents peuvent vivre si différemment leur rôle. L'un peut être submergé par les contraintes du quotidien, l'autre davantage porté par le sens profond de ce qu'il construit. Ces deux points de vue sont valides, mais ils peuvent créer une vraie distance quand ils ne sont pas partagés.
Gérard Neyrand a beaucoup écrit sur ces tensions propres aux sociétés contemporaines. Où les attentes envers les parents n'ont jamais été aussi élevées et où le droit à la parentalité coexiste avec une pression sociale parfois écrasante.
La question du père, synonyme d’un rôle encore mal défini dans certaines familles
Être père a profondément changé en quelques décennies. Le futur père d'aujourd'hui est invité à s'impliquer dès la grossesse, à être présent à l'accouchement, à partager les nuits et les soins dès les premiers jours. C'est une évolution réelle et globalement positive.
Mais dans les faits, la sexuation des pères reste une réalité. Beaucoup de pères s'impliquent sincèrement, mais continuent d'occuper une place secondaire dans l'organisation familiale. Non par manque d'envie, mais parce que les modèles transmis, les congés paternité encore courts et les attentes sociales les positionnent souvent comme des "seconds parents".
La question du père dans les familles d'aujourd'hui est donc complexe. Entre l'idéal d'un père pleinement impliqué et la réalité des contraintes professionnelles et culturelles. Beaucoup de pères cherchent encore leur place. Didier Houzel souligne dans ses travaux que les fonctions parentales du père sont tout aussi essentielles que celles de la mère, même si elles peuvent s'exprimer différemment.
Reconnaître cette complexité, sans culpabiliser ni minimiser, est une condition importante pour que les deux parents puissent construire ensemble une parentalité plus équilibrée.
Comment mettre en place une parentalité positive ?
La parentalité positive ne demande pas d'être un parent parfait. Elle demande d'être un parent suffisamment attentif. Capable de se remettre en question et d'ajuster sa façon d'agir en fonction des besoins de son enfant. C'est une démarche qui s'apprend, qui se construit, et qui évolue avec le temps. Et la bonne nouvelle, c'est qu'on n'est pas obligé de la construire seul.
Les différentes formes de soutien à la parentalité : le parallèle entre créativité et simplicité
Le soutien à la parentalité prend des formes très diverses selon les situations et les besoins de chaque famille. Il peut être informel, comme l'aide d'un proche, d'un grand-parent, ou d'un ami de confiance qui prend le relais quand les parents sont à bout. Ce type de soutien est précieux, même s'il est souvent invisible et rarement reconnu à sa juste valeur.
Il existe aussi des formes de soutien plus structurées, portées par des professionnels de la petite enfance, des travailleurs sociaux, ou des associations spécialisées. Ces dispositifs s'adressent à tous les parents, pas seulement à ceux qui traversent une crise. Un parent qui va bien peut tout à fait chercher un espace pour échanger, réfléchir, ou simplement souffler.
Didier Houzel insiste dans ses travaux sur l'importance de proposer un soutien à la parentalité qui respecte les compétences des parents plutôt que de les infantiliser. L'objectif n'est pas de dire aux parents comment faire, mais de les accompagner dans leur propre réflexion sur leurs fonctions parentales.
Quel accompagnement parental existe-t-il ? Les dispositifs de parentalité : numériques, locaux, formations, CAF
Les dispositifs de parentalité se sont beaucoup développés en France ces dernières années. Ils répondent à une réalité simple. Les parents d'aujourd'hui évoluent dans des structures familiales plus complexes, avec moins de repères transmis automatiquement par la famille élargie, et des attentes sociales plus lourdes qu'avant.
Parmi les dispositifs les plus connus, on trouve les Réseaux d'Écoute, d'Appui et d'Accompagnement des Parents, les lieux d'accueil enfants-parents, ou encore les espaces de médiation familiale. Même la CAF peut vous aider et vous orienter vers les bonnes solutions. Ces structures offrent un cadre bienveillant où les parents peuvent parler librement, sans jugement, de ce qu'ils vivent au quotidien.
Pour les situations plus complexes, comme les familles d'accueil, les parents en grande fragilité, ou les familles traversant une séparation conflictuelle. Des accompagnements plus soutenus existent, portés par des professionnels du travail social ou du droit de la famille. Ces dispositifs s'appuient sur une vision globale de la parentalité, qui prend en compte à la fois les droits de l'enfant et les droits des parents.
Gérard Neyrand souligne dans ses travaux que ces dispositifs sont d'autant plus efficaces qu'ils s'adaptent à la réalité concrète des familles, plutôt que d'appliquer un modèle unique. Chaque parent a une histoire, un contexte, des ressources différentes. L'accompagnement doit en tenir compte.
L'importance du bien-être parental
On parle beaucoup du bien-être de l'enfant. On parle moins de celui du parent. Pourtant, les deux sont profondément liés. Un parent qui va bien est un parent plus disponible, plus patient, plus capable d'offrir à son enfant ce dont il a besoin pour se construire.
Le bien-être parental, c'est pouvoir prendre soin de soi sans culpabilité. C'est avoir des espaces dans sa vie qui n'appartiennent qu'à soi, en dehors du rôle de parent. C'est aussi reconnaître ses limites, accepter de ne pas tout réussir, et chercher de l'aide quand on en a besoin.
Didier Houzel rappelle que l'exercice de la parentalité est une expérience qui mobilise des ressources profondes chez chaque adulte. Quand ces ressources s'épuisent, la qualité du lien avec l'enfant peut en souffrir. Prendre soin de son propre équilibre n'est donc pas un luxe, c'est une partie à part entière des fonctions parentales.
Dans les familles où les deux parents ne vivent pas la parentalité de la même façon, le bien-être de chacun est souvent la première chose à sacrifier. Remettre cela au centre, ensemble, est souvent le point de départ d'une dynamique plus saine pour toute la famille.
Trouver son propre équilibre en tant que parents
La parentalité ne ressemble jamais exactement à ce qu'on avait imaginé. C'est d'ailleurs différent et complexe à sa manière dans des cas de beau parentalité. Et quand on est deux à la vivre différemment, les frictions font partie du chemin. Ce n'est pas un signe d'échec. C'est souvent le signe que chacun s'implique, à sa façon, avec ses ressources et son histoire.
Ce qui compte, ce n'est pas d'être des parents identiques. C'est de construire quelque chose de cohérent ensemble, dans l'intérêt de l'enfant, en respectant ce que chacun peut apporter. La parentalité pour les parents, c'est aussi apprendre à composer avec les différences plutôt que de les laisser creuser un fossé. Il n'existe pas de modèle universel. Il existe des familles qui cherchent, qui ajustent, qui avancent.
Si vous traversez une période difficile, si les désaccords s'accumulent ou si vous sentez que l'équilibre familial vacille, ne restez pas seuls avec ça. Des dispositifs de parentalité existent pour accompagner toutes les familles, sans jugement et sans modèle imposé.
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